19 décembre 2006
L'amour du jeu, l'amour d'un club
Quand on va au stade, c’est pour vibrer, pour vivre le match à notre manière. Les supporters –les vrais- ressentent tant d’émotions différentes…
D’abord il y a les rituels, toujours les mêmes depuis des années. Rentrer tôt chez soi, dans sa tribune, son jardin. Se retrouver tous ensemble autour d’une même passion, d’un même amour : SON équipe. Parce qu’on peut réellement parler d’amour à ce niveau.
Certains sont là avant les autres pour la préparation du match. Parce qu’il ne faut pas croire, en tribune aussi il y a un match. Et il faut que tout soit prêt à temps. L’animation, le réglage de la sono, les feuilles pour les tifos, les drapeaux et autres confettis les soirs de gala...
Une fois que tout est prêt pour l’entrée des artistes et que les grilles s’ouvrent au public, l’échauffement peut commencer. On vérifie une dernière fois le bon fonctionnement des haut-parleurs et mégaphones. Quand les joueurs rentrent pour s’échauffer, nous on chauffe nos voix en les saluant. Souvent, il y a une réelle communion entre les joueurs et le public.
Lorsque je vais voir un match, j’essaie de ne pas penser à tout ce qu’il y autour : argent, transferts, matches truqués, le dopage et ce qui peut aller avec. J’aime à me souvenir de mon premier match dans ce lieu mythique qu’est le Parc des Princes : nous sommes le 31 mai 1995, et Paris doit affronter Le Havre pour le compte de la 38ème journée de championnat.
J’étais en tribune latérale (côté Paris) et j’ai ouvert les yeux comme ceux d’une gamine à Disneyland. C’était grand, beau, magique voire irréel…
Alors depuis plus de dix ans, je me remémore cette émotion, cette sensation, et je savoure. Pendant quatre-vingt-dix minutes, j’oublie tous les petits travers que comporte le milieu du football professionnel ; même s’il m’arrive souvent de pester contre l’arbitre (à tort ou à raison, d’ailleurs !), c’est justifié de la part de gens passionnés. Quand j’aime je suis entière, et c’est valable pour un club, puisque c’est une réelle histoire d’amour avec ses joies, ses peines, ses coups de cœur, ses coups de gueule… ses victoires, ses défaites. Et malgré les périodes de froid entre le public et son club (joueurs et dirigeants compris), le divorce est encore loin, car un long chemin reste encore à parcourir ensemble.
Je pense que tous les vrais supporters ressentent cela. Certains se saignent pour régler leur abonnement, d’autres le paient à crédit, mais qu’importe ! Ce qui compte c’est d’être là. C’est bon d’être en tribune, de chanter et d’encourager les siens. Et puis il n’y a pas que les soirs de match qu’on est supporter. C’est tout le temps, on le vit au quotidien, on le ressent. Que ce soit la fierté après une victoire, ou la déception (voire la honte selon les matches) après une défaite. Et tout ça, on peut le voir dans les yeux des enfants qui viennent en tribune avec leur père ou leur grand frère. Leurs yeux s’illuminent et pétillent de joie. C’est la nouvelle génération de supporters, pour que l’histoire d’amour se prolonge, encore et encore.
On dit que l’amour peut mener à la folie, et c’est parfois vrai. Nous sommes le mercredi 8 mai 1996 à Bruxelles, où vont s’affronter le PSG et le Rapid de Vienne pour la finale de la Coupe d’Europe des vainqueurs de Coupe (C2). Les chants des supporters résonnent dans le stade, et aucun d’entre eux n’imagine que Son équipe puisse perdre ce soir. Le match commence, les équipes se jaugent et le public reprend de plus belle les encouragements. La tension est palpable, le moindre faux pas et c’est le drame ! Rentrer à Paris sans La Coupe serait une véritable catastrophe. Soudain, l’arbitre siffle et signale un coup franc en faveur des parisiens, on joue alors la 26ème minute. Les rouges et bleus se mettent à espérer, d’autant que c’est Bruno (N’Gotty) qui tire. Certes, 28 mètres séparent le ballon des buts, mais c’est faisable. En tribune, les supporters retiennent leur souffle. N’Gotty prend son élan, shoote dans le ballon - dont la trajectoire semble interminable - et l’expédie au fond des filets viennois ! C’est l’euphorie totale, aussi bien sur le terrain que dans les tribunes. Mais le plus dur reste à venir : il faut maintenant tenir, et la mi-temps approche à point nommé. Le match reprend, et la deuxième période n’en finit pas. Sur le moment, on se dit qu’elle n’a pas pu durer seulement 45 minutes tellement elle semble longue. Et puis c’est la délivrance, enfin ! Le coup de sifflet final retentit et les parisiens exultent. Les joueurs viennent saluer leur public, et entre eux s’établit une réelle communion. Certains n’ont plus de voix, on est heureux à en pleurer : Le PSG vient de remporter une coupe d’Europe. Le retour à la Capitale promet d’être agité, mais qu’importe : ce soir on a gagné ! On mérite le respect de nos adversaires, français et européens.
Le lendemain, un défilé sur les Champs Elysées et une fête au Parc des Princes sont prévus. L’accès aux tribunes est ouvert à tous, pour que tout le monde puisse savourer cette victoire. Malheureusement, celle-ci sera gâchée par un envahissement de terrain moins d’une demi-heure après l’ouverture des grilles. C’est à peine croyable : depuis les gradins, on ne voit même plus une parcelle de pelouse intacte, et les joueurs ont regagné les vestiaires avec Dame Coupe. Il y a même la barre transversale d’une des cages de but qui est pliée, c’est dire l’acharnement et la violence des actes ! C’est dommage d’en être arrivé là, ça aurait pu être une belle soirée. Comme quoi, la folie de la foule mène à tout, Renaud le disait dans une lettre écrite aux supporters marseillais : « C’est pas le foot, mais la foule qui rend con ». Mais les défaites sont ressenties aussi fortement, même si les conséquences ne sont pas les mêmes…

